Jeudi noir : un bâtiment livré aux pigeons devient un Crous

26 janvier 2009 18:49 - Le buzz immobilier

Voici le dernier comuniqué de Jeudi Noir, puis leur vidéo. Séquence visite d’un bâtiment vide, ce qui nous choque toujours et le collectif des mal logés a raison de le rappeler et rappeler.

“Vous connaissez forcément le Crous. C’est cet organisme qui offre des chambres de cité U et des repas moyens aux étudiants. Récemment, pendant quatre années, dans le Ve arrondissement de Paris, rue de la Harpe, ils ont logé gratuitement des pigeons sans ressources ! Quatre années de vacance, c’est beaucoup, surtout à 250 mètres de la Sorbonne.

Alors le collectif Jeudi Noir, qui milite contre la présence des pigeons dans les bâtiments publics, s’est approprié ces 400 m² pour y loger cinq étudiants et quatre jeunes précaires. Et comme ni le Crous ni les pigeons n’ont porté plainte, eh ben on y est toujours !
Pigeons ou étudiants ? On vous fait visiter ?

http://www.dailymotion.com/videox839i8

Dans le temps, c’était un centre médico- pour étudiants. Une certaine Lydie Hostater en avait fait don à l’Etat pour y soigner les jeunes. Lydie est morte en 1969. Ça fera même quarante ans pile le 16 février 2009, et on ne pouvait pas décemment trahir sa mémoire en laissant un tel immeuble vacant. Enfin quand je dis vacant… Pour le directeur du Crous, ce bâtiment n’est pas du tout abandonné. On aura mal compris ? Ben oui, parce que dès qu’on y est entré, hop, il a eu l’idée soudaine d’en faire quelque chose : un centre pour étudiants handicapés. Pas mal ! Nous on est pour. D’ailleurs, c’est un bon plan, cette histoire. A réutiliser. On vous prend votre place assise dans le métro ? « Ah, excuse-moi, mais je comptais justement la dédier à un étudiant handicapé… » Vous recevez votre avis d’imposition ? « Ah ben mince, juste au moment où j’allais faire une donation pour des étudiants handicapés ! », et ainsi de suite. Succès assuré.

Le directeur du Crous a même dit que notre présence « ralentira » la mise en œuvre de ce noble chantier, prévu pour « juin 2009 ». Joli ! Il faut croire que la présence des pigeons aussi l’a ralenti pendant quatre ans ? En fait, on a l’air de rigolos, comme ça, mais on se renseigne avant de passer à l’action. Ce bâtiment est sans projet. Les représentants de l’Unef et de la Fage, qui siègent au Conseil d’administration du Crous, nous ont confirmé que ce « projet » n’est jamais passé en Conseil d’administration. Donc d’ici à prévoir l’arrivée des bulldozers pour dans cinq mois, ça fait un peu coup de bluff. Le Crous manque d’argent apparemment, car cette réhabilitation coûterait trop cher à son (trop faible) budget.

Autre information notable : le mois dernier, un militant de Jeudi Noir s’était fait passer pour un journaliste enquêtant sur les bâtiments vides auprès d’une représentante d’une société d’économie mixte spécialisée dans l’immobilier parisien. Cette dame lui avait expliqué qu’elle avait proposé au Crous de transformer cet immeuble en logements sociaux, sans réponse du Crous pendant… un an. Voilà, donc en attendant les travaux, nous proposons au Crous de signer une convention de bail précaire qui garantirait que nous payons les charges tant que c’est vide, sur le modèle de ce qui s’est fait au Ministère de la crise du logement au 24 rue de la Banque. Et que nous partirons quand commence le chantier. Que ce soit dans six mois ou deux ans, mais nous ne ralentirons aucun projet évidemment. Bon, ceci dit, vu la réactivité des autorités, il vaudrait mieux préciser que ce sera destiné à des handicapés patients.
Au Commissariat avec Martin Hirsch

Pour le nom, on a beaucoup hésité. Il y a les classiques : « le Crous », « la Harpe », « l’hosto ». Bof. Après, comme c’est situé dans une rue très touristique blindée de restos grecs, on s’est dit qu’on pourrait faire un clin d’œil à la révolte des jeunes Grecs, la génération à 600 euros. Du coup, ça ferait « Génération Grecs », ou « Génération Kebab ». Certains esprits malins ont même avancé « STO », non pas en référence au travail obligatoire que les étudiants doivent accomplir pour payer leur loyer, mais surtout en l’honneur de la célèbre question existentielle des vendeurs de Kebabs : « Salade – Tomate – Oignons ? ». Passons. Pour impliquer les étudiants, genre démocratie participative, il y avait aussi un truc cash, direct, jeune : « Dans ton Crous ! ». Vous en dites quoi ? On vous propose un référendum en ligne si ça vous chante. On avait aussi suggéré le « Petit commissariat à la jeunesse », en clin d’œil à Martin Hirsch, nouveau « Haut » Commissaire à la jeunesse. Et vous savez quoi, en plus ? Martin Hirsch nous a répondu : il nous propose de parler du choix du nom avec lui dans les jours qui viennent. Mais on a insisté pour parler aussi du devenir du bâtiment, de la pénurie de cités U, de la dérégulation des loyers des chambres de bonnes, des stages payés un tiers du Smic, et tout ça.

On a eu d’autres soutiens en plus. La vice-présidente étudiante (Unef) du Crous elle-même est venue vendredi à notre conférence de presse pour témoigner de l’appui sans faille de son syndicat. SUD-Etudiant a fait un communiqué dans le même sens. Nous avons pu compter également sur la venue de la députée Verte de Paris Martine Billard, des socialistes du quartier et bien sûr du porte-parole du DAL Jean-Baptiste Eyraud.

Le syndicat étudiant UNI, lui, a dû se mélanger les pinceaux quand il a dit qu’on était « proche des mouvements d’extrême-gauche » et qu’on occupe cet immeuble de façon « illégale ». Comme il n’y a ni plainte ni jugement attestant de cette illégalité, on se demande si on ne devrait pas assigner l’UNI en justice pour dénonciation calomnieuse. Mais leur site marche bizarrement et on ne peut pas y lire le communiqué en entier : ils auront donc droit à notre extrême clémence. Et comme de toute façon on a davantage aidé les étudiants en dix jours que eux en quarante ans, ils auront même droit à notre ultra indifférence.

Désobéisseurs, pour l’avènement d’un monde meilleur

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5 commentaires to “Jeudi noir : un bâtiment livré aux pigeons devient un Crous”

  1. blanca a dit:

    Le prince héritier suédois a un chateau comme piaule d’etudiant :

    http://www.hola.com/casasreales/2009/01/22/carlos-felipe-castil/

    on ne se refuse rien, et c est tellement plus chic que le crous ou la coloc

    “El Príncipe comenzó la semana pasada sus estudios en la Universidad de Ciencias Agrónomas de Alnarp, una pequeña localidad al sur de Suecia, cerca de Malmö, y, por tanto, no en Estocolmo, donde está el Palacio Real. El diario sueco Expressen ha publicado hoy que Carlos Felipe, de 28 años, comparte un piso de tres habitaciones con su amigo y compañero de estudios Henrik Weijber. La particularidad es que este piso está en un castillo renacentista de 500 años de antigüedad, un privilegio real que tiene por ser el hijo mediano de los reyes Carlos Gustavo y Silvia.”

  2. georges a dit:

    Si on réflechit bien, le palais de l’elysée est immense pour un seul couple!!! pourquoi ne pas y loger une centaine de sdf? un president en plus voyage tt le temps!

  3. legoeland a dit:

    Bien que je sois complètement pour le respect de la propriété privée, je comprend tout à fait l’action de ce groupe qui utilise de manière utile un batiment laissé à l’abandon par l’administration. Le budget pour remettre un tel batiment aux norme doit se chiffrer en millions d’euros, ce qui explique que le CROUS ne fasse pas les travaux. Et avec la baisse immobilière enclanchée, le coût des travaux pourrait être supérieur à la valeur du batiment rénové !

    Ils sont par contre vraiment de mauvaise foi avec leur projet de logements pour handicapés : il faut des mois pour avoir les études d’architecture, d’ingénierie, les autorisations, le lancement des appels d’offres,… alors les travaux ne sont pas prêt de commencer.

  4. Marie a dit:

    Merci blanca, un palais de 500 ans comme piaule estudiantine, c’est au moins un logement de moins pris par un jeune qui a de quoi se loger grâce au patrimoine familial (je le dis sur le ton de la plaisanterie). Par contre, si pour le chauffer (eh oui) on doit polluer et gaspiller des matières premières comme c’est pas permis, là faudrait peut-être reloger le jeune homme, pas ecolo.

  5. Marie a dit:

    Je pense exactement comme toi, legoeland. C’est vrai que savoir que des bâtiments sont vides et être à la rue ou incapable de trouver un logement étudiant (c’est dur, surtout pour les derniers arrivés) cela pousse à l’action. Ils ne sont peut-être pas des pros du BTP, mais ce n’est pas un reproche qu’on peut leur faire à la base. Par contre, ils devraient s’entourer de gens compétants. Ils sont assez médiatisés pour pouvoir passer des messages et faire appel aux bonnes volontés.

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